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Histoire de maître : "Mon chien ne revient plus au rappel !"

Dernière mise à jour : 11 juin 2021


"Mon chien de 13 mois ne revient pas quand je l'appelle. Nous l'avons eu chiot. Jusqu'à ses 5 mois tout allait bien. A 5 mois, il a commencé à fuguer pour rejoindre les chiens du voisin. Et depuis, impossible de le faire revenir s'il n'est pas en longe. Il lui arrive même de partir en courant en pleine partie de jeu de balle ou alors qu'il est tranquillement couché. C'est comme s'il "déconnectait" et j'ai beau le rappeler, c'est comme si je n'existais plus.... Il revient seulement au bout de 5 minutes quand lui l'a décidé..."


Que se passe-t-il ?


"A 5 mois il a fugué pour rejoindre les chiens du voisin"

  • A cet âge là, le chiot quitte doucement son statut de chiot. Il s'émancipe, il gagne en courage. Il a donc moins besoin d'être avec ses propriétaires pour se sentir en sécurité. Il est moins attaché aux ordres et indications qu'on lui donne. Il va explorer par lui-même.

  • Un chiot grandit et ses besoins grandissent avec lui. Un chiot de 5 mois a plus besoin de se dépenser qu'un chiot de 3 mois. Il est possible qu'ici il exprime un besoin de se dépenser plus que ce que ses propriétaires lui proposent (physiquement, intellectuellement et socialement).

  • Rejoindre d'autres chiens. Voici une motivation de premier ordre ! Le besoin de relation et de jeu sont dans le Top 5 du chiot. Si au lieu de ça, ce qu'on lui propose est de rester sagement posé dans le jardin, son choix sera vite fait !

" Depuis, impossible de le faire revenir s'il n'est pas en longe."

  • Il a fait l’expérience de la liberté. Sans longe, il est libre d'aller où bon lui semble, ce qui est une graaaaaaannnnde motivation dans son monde de chien : il peut rencontrer, manger, mâchouiller, renifler tout ce qu'il veut sans contraintes.

  • A l'inverse, il comprend très vite qu'en longe il n'a pas la possibilité d'aller où il veut. Il comprend aussi et que dès qu'il dépasse la longueur de la longe ou qu'il ne revient pas quand on l'appelle, il reçoit une saccade/tension au collier (désagréable sensation qu'il va essayer d'éviter). Résultat : il est tellement gagnant dans un sens et perdant dans l'autre qu'il va très vite faire la différence entre longe et pas longe.


" Il lui arrive même de partir en courant en pleine partie de jeu de balle ou alors qu'il est couché."

  • Chaque fugue/fuite lui apporte beaucoup de satisfaction et à priori plus que ce que lui apporte une partie de jeu avec sa propriétaire ou un moment de calme allongé à ses pieds.

  • On peut l'imaginer en train de partir "tout en folie", d'un coup, sans prévenir. Il est possible que ce coup de folie" soit le signe d'un trop plein d'énergie à dépenser.

  • Il est possible que le chien entende, sente ou voit quelque chose qui l'intrigue et comme ce qui lui est proposé dans son quotidien n'est pas tellement intéressant, cette nouveauté le soit beaucoup plus (effet de contraste).


"C'est comme s'il déconnectait"


Le chien peut déconnecter car il vit un trop plein d'émotion qu'il ne sait pas gérer. Il est alors incapable de redescendre et de se concentrer suffisamment pour obéir. C'est d'autant plus difficile à interrompre si le chien se met à poursuivre quelque chose. Il vit son instinct de prédation, ce qui est un état intense et très satisfaisant pour lui.


"J'ai beau le rappeler, c'est comme si je n'existais plus...."


Il est effectivement fort probable que le chien s'en fiche. A ce moment là, dans son monde, il n'a rien à gagner à écouter, ni à perdre à ne pas le faire. Jusque là, son expérience de la "fuite" ne lui a apporté que des bénéfices par rapport au fait de revenir ou de rester avec sa maîtresse. Il n'a donc aucun intérêt à revenir vers elle.


Quelles sont les solutions ?


(Mieux) répondre à ses besoins

Un besoin ne peut être supprimé. Quoiqu'il arrive, le chien va avoir besoin d'y répondre. Pour répondre à ce besoin, il va utiliser des stratégies (action à mettre en œuvre). Si ses propriétaires ne lui indiquent pas ce qu'il peut faire, il va le décider tout seul. Et il y a fort à parier qu'elles ne conviendront pas à ses maîtres ! Il va donc falloir identifier les besoins et définir les "bonnes" stratégies pour y répondre.


Le comportement de ce chien décrit sûrement des besoins non nourris tels que : stimulation, lien, exploration, dépense, jeux, relation... Un travail avec un éducateur canin aiderait sans doute la propriétaire à rééquilibrer tout ces aspects.


Rendre sa vie plus intéressante

Il est très probable que ce chien s'ennuie un peu. Le cadre de vie qui lui est actuellement proposé ne lui permet pas de s'épanouir totalement. Peut-être fait-il toujours les même balades aux même endroit, à la même heure ? Peut-être qu'il joue toujours au même jeu, de la même manière ? Peut-être qu'il ne voit pas beaucoup de copains chiens ? Peut-être qu'il reste des journées entières seul ? Si c'est le cas, il est cohérent qu'il aille chercher des stimulations ailleurs que chez lui, plutôt que de rester auprès de ses maîtres et maîtresses.


Recréer un relation avec ses propriétaires

Dans la lignée des deux points précédents, il est possible que ses propriétaires n'aient pas une grande "valeur" aux yeux du chien (ce qui n'est pas du tout lié à l'amour et l'attachement qu'il leur porte !). Être et/ou rester à leur côté n'est pas assez nourrissant/satisfaisant/stimulant pour l'empêcher de s'en aller. C'est très lié aux points précédents mais c'est assez important pour mériter un paragraphe.


Ses propriétaires vont devoir mettre la main à la pâte pour recréer du lien avec leur chien et reprendre de la valeur à ses yeux. Ainsi, être en leur compagnie sera une motivation suffisante pour renoncer aux tentations extérieures. Cela pourra se faire, par exemple, en lui proposant des activités intéressantes, en jouant mieux et plus avec lui, en le sortant plus et dans des endroits nouveaux, en remettant aussi un peu d'obéissance dans leur quotidien...


Travailler l'obéissance

Renforcer l'obéissance sur le rappel paraît nécessaire : peut-être la méthode utilisée jusque là n'était pas la plus performante (manque de précision et de constance, récompenses et sanctions inadaptées, entraînement fait dans des environnements pas assez stimulants...). Un travail global d'obéissance serait aussi nécessaire. Il va être un support pour entraîner le chien à renoncer, à se tenir, à gérer ses émotions. Il permettra aussi d'apprendre à ne pas bouger, ce qui pourrait, par exemple, éviter qu'il parte en courant alors qu'il est tranquillement couché au pied de sa maîtresse...


L'obéissance n'existe pas pour le plaisir de "faire obéir". Elle est indispensable pour permettre à nos chiens de nous suivre partout en totale liberté. C'est elle qui garantie sa sécurité et celle des être vivants qui évoluent autour de nous. C'est un axe à ne surtout pas négliger.




Rappel : les analyses et pistes de solutions proposées dans "Histoires de maîtres" sont cohérentes mais non exhaustives. Un programme de rééducation canine ne se construit pas sans une observation sur terrain et un travail en coopération avec les propriétaires.

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